CHEBAH.ART
/

Nadia Chebah

Le Reflet
d'une Frontière

petit livre d'une traversée intérieure

Illustration de couverture : deux formes rouges et deux formes vertes séparées par une ligne sinueuse et une boule noire

Préface

Ce texte n'est pas né d'une intention d'écrire. Il est né d'un regard — celui que j'ai posé, un jour, sur une œuvre que je venais d'achever, sans savoir encore ce qu'elle contenait.

Les pages qui suivent n'expliquent rien. Elles accompagnent une couleur, une sensation, une frontière qui s'est révélée à moi dans cette rencontre avec ma propre création.

Je ne vous demande pas de comprendre. Je vous demande de traverser avec moi.

Prologue

Le Seuil

Avant d'entrer, une chose seulement : ne cherchez pas à comprendre. Laissez la couleur vous toucher avant le sens.

Il y a en moi une frontière. Je ne l'ai pas cherchée — je l'ai découverte, un jour, en me tenant simplement devant une œuvre que j'avais faite de mes mains.

Elle m'a éblouie. J'ai pleuré au premier regard.

Cette frontière, je vous invite à la traverser avec moi. Elle sépare deux rives que vous connaissez peut-être aussi : celle qui durcit, et celle qui veut vivre dans la lumière.

Venez. Le chemin commence par une couleur.

Chapitre I

L'Éblouissement

Une résonance très colorée m'envahit — impulsive, féminine, lumineuse, foisonnante.

Il y a un équilibre là-dedans, presque un goût : une superposition de teintes, du plus clair au plus chaud, chatoyante comme un réceptacle qui accueille pour mieux donner.

Rouge sang, ou rouge vif.

Et le vert — n'est-ce pas la couleur de l'espérance ?

C'est vertigineux, car cela existe en trois dimensions.

Cela me ressemble. Cela m'unit à moi-même, et au-delà de moi.

Chapitre II

Le Bouillonnement

Je perçois quelque chose de l'ordre du bouillonnement — une envie de jaillir.

Et cela jaillit, jaillit, sans fin.

Chapitre III

L'Espérance

Que disent l'espérance et le jaillissement ? Quel lien les unit ?

L'espérance, c'est l'espoir de faire aboutir ce qui m'anime — que cela prenne corps, concrètement, dans toute sa dimension, toute sa beauté. Mon bébé. Mon œuvre. Mon entreprise.

L'espoir de me tenir plus en paix avec moi-même, face aux autres.

Qu'importe le temps qui passe — accepter le rythme qui se déroule. Accepter le rythme de l'enfant qui grandit devant moi, lui faire confiance pour son avenir, pour ce qu'il apporte déjà, à sa manière, à la maison.

Chapitre IV

Le Miroir

Toi, mon œuvre, quand je te regarde, tu es là, presque vivante, face à moi.

Je t'admire, et tu me rappelles à moi-même. Tu m'invites à être cela : lumineuse, joyeuse, jaillissante, ici ou ailleurs. Tu m'invites à continuer de vivre.

Tu me surprends, dans ma capacité à écrire ici et maintenant, à laisser jaillir les mots sur cette page comme un bien qu'on se fait à soi-même.

Je te regarde. Que me dis-tu ?

Chapitre V

La Boule noire

En te concevant, je voulais y mettre cette boule — ronde, rigide, noire, sombre et piquante.

Ma colère.

Et puis non. J'ai accepté d'arrêter, de laisser une autre sensation te faire naître : la solidarité avec moi-même.

C'est presque drôle, quand j'y pense.

Chapitre VI

La Transformation

Je regarde ce rouge sang, cette frontière qui devait séparer le rouge foisonnant de la détresse et le noir sombre de la colère — et je la vois se transformer.

Elle devient Amour.

On l'appelle rouge, mais cet amour est en réalité le reflet d'une frontière entre moi et moi : entre la colère qui me durcit, et le moi qui veut vivre dans la lumière.

N'est-ce pas beau, de sentir cela — le reflet d'une frontière impalpable, et pourtant bien là ?

Chapitre VII

La Membrane

Une frontière qui demande à être regardée plus souvent, car elle est la clé d'un adoucissement intérieur. Je l'appellerai peut-être un jour la troisième voie.

Cette frontière comme une membrane. Je sens qu'elle joue un rôle. Tout cela est nouveau pour moi — qu'en ferai-je ?

Ce que je sais, c'est que l'avoir identifiée m'apaise déjà. Je l'accueille. C'est elle que je dois apprivoiser, regarder, dompter doucement.

Épilogue

Et vous

Mais quel rôle joue-t-elle vraiment ?

Et vous — la voyez-vous, votre frontière ? Cette membrane fine entre ce qui vous durcit et ce qui, en vous, veut vivre dans la lumière ?

Regardez-la. Ne la craignez pas.

Elle n'est pas là pour séparer. Elle est là pour refléter.

Dites-moi. Racontez.

L'artiste

« Oser, c'est créer. »

Nadia Chebah est une artiste peintre atypique. Avant la toile, elle a exprimé sa sensibilité comme créatrice-styliste, faisant de la maille, issue de la cellulose de bois, une seconde peau, puis à travers le maquillage artistique, les couvertures d'ouvrages, les logos et la photographie.

Sa peinture est une jouissance esthétique : peindre, explorer, cheminer sur les trajectoires infinies de la créativité, graviter autour des couleurs et des matières les plus diverses. Car l'émotion que des formes et des couleurs provoquent sur une toile ne se dit pas avec des mots : les mots deviennent inutiles lorsque règnent les sens.